Imprimer

Sommaire

Accessibilité : il faut recadrer les retards

La France prend-elle du retard en matière d’accessibilité universelle ? C’est la question au cœur des 26e rencontres de l’Association pour la Promotion de l’Accessibilité et de la Conception pour Tous (Apact), qui se tenait le 21 mars 2018 à la mairie de Paris. Retour sur les éclairages contrastés apportés par les participants.

« L’accessibilité universelle, c’est offrir à chacun l’accès à la ville, » lance en ouverture de colloque, Nicolas Nordman, adjoint au maire en charge des personnes handicapées et de l’accessibilité à la ville de Paris. Inscrit dans la loi du 11 février 2005, cette notion se traduit par « la non-discrimination entre les personnes et comme une condition à l’effectivité des droits », confirme de son côté Jacques Toubon, Défenseur des Droits, nommé par François Hollande, alors Président de la République, pour un mandat de six ans.

Face à ce décor planté, le débat tourne vite autour d’une accessibilité traitée en France sous l’angle du « respect des normes techniques destinées à répondre à des besoins » et non pas « comme une condition préalable et essentielle pour garantir à tous un accès effectif aux droits fondamentaux dont tout le monde doit pouvoir jouir » analyse Jacques Toubon.

Pour Carole Guéchi, directrice de l’accessibilité à la SNCF, « il faut changer de paradigme et penser l’accessibilité aux prémices de chaque projet. Que ce soit dans des programmes de travaux ou dans des développements informatiques, l’accessibilité doit faire partie du cahier des charges, pour ne plus être considéré comme une option qu’on lève ou pas, selon des considérations financière ou de calendrier. Bref pour courir derrière le retard, l’accessibilité doit être native c’est à dire constitutive de chaque projet ».

A défaut, « tout retard d’accessibilité constaté est un frein supplémentaire à l’épanouissement des citoyens à mobilité réduite », confirme Nicolas Mérille. Le conseiller national accessibilité et conception universelle de l’Association des Paralysés de France (APF), rappelant que « d’ici 10 ans, un quart de la population française sera âgée de plus de 65 ans » et qu’aucune « personne à mobilité réduite accepterait, comme c’est le cas lorsqu’il s’agit d’handicapées, d’avoir accès à seulement un arrêt sur trois sur une ligne de transport public ».

Outre l’accessibilité des bâtiments publics et des transports, la discussion a aussi fait la part belle aux avancées en matière d’outils numériques. Le digital peut en effet palier certaines déficiences physiques, mais attention à « ne pas laisser les plus démunies au bord de la route », alerte Patrick Gohet, adjoint au Défenseur des droits. Et la France aura du retard tant qu’elle ne fait rien pour « résorber la fracture numérique. C’est un point de vigilance important », confirme Patrick Gohet.

Enfin l’accessibilité universelle passe par une sensibilisation de tous les acteurs de notre société. Sur ce thème, Bruno Le Maire, secrétaire général de l’Union nationale des Parents de Personnes handicapées mentales et de leurs Amis (Unapei), salue « l’action des grands opérateurs de transport pour organiser des formations pour leurs salariés en contact avec le public PMR », tout en regrettant qu’ « aucune initiative nationale n’ait vu le jour pour favoriser l’accès des publics sensibles à la culture ou aux médias. »

Concluant le colloque, la Déléguée ministérielle à l’Accessibilité fait le constat que « depuis la loi de 2005, le temps a passé à enrichir la réflexion et à avancer à la fois sur les plans réglementaire, technique et organisationnel. » Il n’en demeure pas moins qu’avec « un Français sur deux qui est ou sera touché, au cours de sa vie, par une situation de mobilité réduite, l’accessibilité reste une aventure humaine ». Sur ce point, Brigitte Thorin confirme : « le chemin est encore long. »