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Éditorial

Label ou certification : comment valoriser l’accessibilité d’une gare ?

« L.A. » pour Label Accessibilité, « Tourisme et handicap », « Cap Handéo », RGAA, Attestation’Hand, « Destination pour tous », S3A ou certification BAC... Depuis que l’ordonnance de 2014 a fixé de nouvelles obligations pour la mise en accessibilité des établissements recevant du public (ERP), le nombre de démarches censées garantir l’accessibilité de lieux ou de services aux personnes handicapées s’est multiplié. Parce qu’elles sont plus obligeantes sur la conformité règlementaire, ce sont moins des procédures de certification que les labels qui ont le vent en poupe sur le créneau de l’accessibilité des biens et des services.

Encouragés par la Délégation ministérielle à l’Accessibilité, ces dispositifs, bien que facultatifs, vont dans le bon sens car ils permettent à un propriétaire ou un gestionnaire d’actif de valoriser ses efforts pour la mise aux normes accessibilité de son bâtiment. Ces « distinctions » assurent une vraie visibilité aux bonnes pratiques. Elles permettent d’informer le public sur le niveau d’accessibilité du lieu labellisé et d’établir un lien de confiance avec l’usager.

Mais les labels ont aussi leurs limites. La première d’entre elles, est que les exigences techniques auxquelles les environnements labellisés doivent répondre sont variables d’un label à l’autre. On note également qu’une majorité de labels s’attachent à vérifier la qualité d’usage du lieu par des personnes en situation de handicap sans tenir compte de ce qu’impose la règlementation française, voire européenne. Donc, un label ne peut sécuriser le cadre juridique de la mise en accessibilité.

Enfin, en pratique, s’il est déjà possible de labelliser des villes, des zones touristiques, des maisons de retraite, des services à la personne, certains sites internet publics ou même des réseaux de transport urbain, il n’existe ni label, ni certification permettant de valoriser l’accessibilité d’une gare jusqu’aux quais, encore moins d’un transport ferroviaire, que ce soit par ligne ou par réseau.

Transformer les contraintes en opportunité

Plusieurs raisons à cela. Parmi elles, le fait qu’à ce jour, aucun organisme de certification ou de labellisation n’ait vu un intérêt à proposer un tel dispositif. Celui-ci nécessiterait de bâtir un référentiel ayant pour socle l’environnement réglementaire français et européen auquel doit répondre la SNCF en matière d’accessibilité de ses installations aux personnes à mobilité réduite.
Trop complexe.

Par ailleurs, il est à noter que l’accessibilité d’un lieu ou d’une infrastructure de transport procède d’une création continue. Elle résulte d’une dynamique permanente d’ajustement entre des ressources diverses (environnementales, techniques, sensibles...), la perception des usagers et l’ensemble des actions se déroulant au sein de l’environnement en question. De ce point de vue, l’accessibilité d’un espace n’est jamais stable. Cette qualité de l’environnement évolue sans cesse en fonction de l’ambiance du lieu, de la présence ou pas de la foule, de l’intensité et de la clarté des signaux physiques (sonores et lumineux notamment), de la continuité ou pas des services d’assistance au déplacement, du type de déplacement lui-même et des compétences perspectives de l’usager... On comprend alors à quel point sortir des clous du socle réglementaire pour lancer un processus de labellisation ou de certification orienté sur les usages peut s’avérer aléatoire voire partial et au final peu concluant.

Pourtant, le Groupe SNCF qui s’est engagé d’ici 2025 dans un programme de plus de 3 milliards d’euros de travaux d’accessibilité dans plus de 730 gares en France, souhaiterait labelliser ou certifier à terme ces gares rendues accessibles à tous. Ce, afin d’assurer à chaque personne, quel que soit son handicap, qu’elle peut s’orienter, acheter un billet, circuler en gare et prendre le train, sans gêne.

Alors, si des organismes sont intéressés pour réfléchir avec la SNCF afin d’engager une telle démarche, qu’ils se manifestent. Les bénéfices seront, à coup sûr, équitablement partagés.

Carole Guéchi

Directrice de l’Accessibilité du Groupe SNCF