Imprimer

Sommaire

Éditorial

Fauteuil roulant : Comment faire évoluer la norme ?

Les jours se suivent et se ressemblent sur les réseaux sociaux.
Quasi quotidien, le bashing contre la SNCF a pris récemment, une nouvelle forme. L’entreprise ferroviaire ferait voyager ses « clients handicapés et à mobilité réduite dans des conditions déplorables », ses « méthodes sont de plus en plus discriminatoires », et la conclusion de certains handi-tweeteurs est sans appel : « la SNCF fait tout pour en faire le moins possible pour les PMR ».

Ces accusations à l’emporte-pièce cachent en réalité une grogne catégorielle.
Certains voyageurs en fauteuil roulant n’acceptent pas le fait d’avoir à communiquer les mensurations de leur fauteuil au téléconseiller du service d’assistance (Accès Plus, Accès TER ou Accès Plus Transilien) auprès de qui ils passent commande d’une prestation d’aide à monter ou descendre d’un train. Si certains voyageurs ne connaissent pas forcément les caractéristiques techniques de leur fauteuil, il est important de rappeler que les fauteuils doivent pourtant ne pas dépasser un certain gabarit pour être acceptés à bord des trains.

C’est en 2008 que Bruxelles a défini, dans le cadre de sa réglementation sur l’interopérabilité relative aux PMR (STI-PMR), une norme définissant les caractéristiques des fauteuils roulants manuel et/ou électrique autorisés dans les trains de voyageurs. Toujours en vigueur dans la version 2014 de la STI PMR, cette norme fixe les dimensions maximales du fauteuil accepté dans un train de voyageur à 70 cm de large sur 120 cm de profondeur, avec un diamètre de braquage maximum de 1 500 mm. Quant au poids en charge autorisé, il ne doit pas dépasser 300 kg pour le fauteuil roulant et son occupant (y compris d’éventuels bagages) dans le cas d’un fauteuil électrique ne nécessitant aucune assistance pour franchir un dispositif d’aide à l’embarquement et au débarquement, et, 200 kg pour le fauteuil et son occupant dans le cas d’un fauteuil roulant manuel.
Cette norme dite interopérable car appliquée dans tous les pays de l’Union, conditionne depuis plus de 10 ans la largeur des allées, des portes palières et le volume des espaces dédiés aux fauteuils roulants à bord de tous les trains européens et dans les voitures qui leurs sont destinées. D’ailleurs, les constructeurs de matériels roulants, ainsi que les fabricants de passerelles élévatrices et autres rampes d’accès s’emploient aussi à la respecter lorsqu’ils conçoivent leurs produits….qu’ils vendent ensuite indistinctement à toutes les entreprises de transports publics.

Cette norme est-elle aujourd’hui dépassée ? La question se pose à observer l’évolution des équipements individuels de personnes en situation de handicap moteur. A trois roues, à quatre roues, gyroscopique, handisport, à chenillettes, à hauteur variable… la physionomie du fauteuil roulant et ses caractéristiques techniques n’ont parfois plus rien à voir avec la norme européenne. Ni en taille, ni en poids, ni en rayon de giration. Ces évolutions expliquent en grande partie les plaintes de voyageurs en fauteuil qui n’hésitent plus à crier au complot, à l’ostracisme voire à la discrimination dont ils seraient victimes lorsqu’ils voyagent avec SNCF.

A ce stade, je n’aurai donc qu’une remarque. Une norme européenne se modifie au niveau européen. Les élections européennes sont prévues le 26 mai prochain. Les députés du Parlement européen sont élus par les citoyens de chaque États membres qui pourront choisir entre différentes listes et représentants. Avant de mettre son bulletin dans l’urne, le moment est donc parfait pour questionner les candidats sur leur motivation à porter une demande de modification de la norme en question. C’est le meilleur moyen de faire bouger les lignes.


Carole Guéchi

Directrice de l’Accessibilité du Groupe SNCF